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lundi 13 juillet 2015

14 juillet 1790 : premier anniversaire de la fête nationale


Le 14 juillet 1790 est l’occasion de renouveler le serment civique : "Je jure d'être fidèle à la nation, à la loi et au roi, et de maintenir de tout mon pouvoir la Constitution décrétée par l'Assemblée nationale et acceptée par le roi."

On demande à tous les curés de la municipalité d’annoncer l’évènement au prêche. Le maire François Lhoste ainsi que Joseph François Prunelle sont à l’Assemblée de Moirans, c’est donc M. Coche, le plus ancien officier municipal, qui va présider ces réjouissances. On prépare un autel dans la prairie de Praille (au début de la rue Pierre Vincendon actuelle).

Une imposante foule de citoyens vient en masse des autres communes, et demande à être introduits pour prêter le serment. Un détachement de la Garde Nationale attend à l’entrée, tout est prêt, mais le président ne veut pas perdre une de ses phrases écrites dans le style emphatique de l’époque et il s’attarde tout en s’écriant : «Notre mutuelle inclination voudrait devancer le moment !... nous considérons tous que ce serment va être l’alliance éternelle avec tous nos frères français, et qu’il va donner de nouvelles forces aux bonnes mœurs : elle sont le principe de l’union qui est le principe de la force contre les ennemis de la Constitution.»

À la prairie de Praille, se tient le corps de citoyens en armes avec les drapeaux. On se rend en ordre à l’autel. À leur demande, les dames et demoiselles citoyennes sont admises à la cérémonie. Le commencement de la messe est annoncé par les canons et tambours pour que tous y assistent.

La messe achevée, Monsieur le Curé prononce un discours sur l’importance du serment civique. M. Coche, encore plus pratique démontre la nécessité de payer les impôts avec exactitude! Puis, à midi sonnant, toute l’assemblée lève la main pendant que M. Coche prononce à haute voix : « Nous jurons tous d’être fidèle à la nation, à la loi et au roi et de maintenir de tout notre pouvoir la Constitution décrétée par l’Assemblée Nationale et acceptée par le roi, de protéger en particulier la sureté des personnes et des propriétés, la libre circulation des subsistances, la perception des impôts, et de demeurer réunis à tous les Français par les liens indissolubles de la fraternité. » Tous on répété : "Je le jure !"


Le lendemain, le conseil décide de donner 12,000 francs de la maison et du clos des Récollets, pour y installer les salles d'assemblée, de greffe, logements et prisons...

Sources : Écrits de l’Abbé Martin / Bibliothèque nationale de France.

dimanche 9 février 2014

1971 : Démolition de la mairie sous-préfecture


Sur l’actuelle place Antonin Dubost, le mardi 10 novembre 1971, les murs de la sous-préfecture cèdent sous l’action d’un énorme boulet d’une tonne suspendu au bout d’une grue. Cette démolition a été effectuée à la hâte, car les élus de l’époque savaient que dès le vendredi 12 novembre l’ordre de conserver le bâtiment allait venir de Paris... Les crédits manquaient pour le restaurer et il était dans un état déplorable et dangereux.

C’est à cet emplacement qu’en 1620, l’ordre prêcheur de Pères Récollet établit un couvent et l’église Saint Jérôme. L’ensemble est vendu sous la Révolution comme bien national à la municipalité, puis démoli pour y construire au même emplacement à gauche le grand café et, à droite un magasin.

Il sera modifié par la suite pour y installer la mairie. La ville devenue "sous-préfecture" en 1792 y installera également cette administration. C’est vers 1910 que l’on modifie la façade de ce bâtiment pour lui donner le style Louis XVI. Le cimetière des Recollets, situé juste devant entre la Sous-préfecture et les halles sera transformé en place qui devient la place Antonin-Dubost que l’on connaît aujourd’hui. Le cimetière communal ou paroissial était alors déplacé autour de l’église romane.

La sous-préfecture avant la réfection de 1910

Lors des cérémonies officielles du 11 novembre, le docteur André Denier, notable turripinois défenseur du patrimoine déchira en public sa carte d’électeur. Qui dit "démolition", dit perte de la mémoire historique. Alors que l’administration déménageait en faisant un nettoyage par le vide les jours précédents, notre docteur a récupéré dans les poubelles le moindre indice permettant de reconstituer la mémoire de notre cité! Il a ainsi sauvé d’innombrables documents et dossiers qui nous permettent aujourd’hui de reconstituer l’histoire et la petite histoire de notre cité. Notamment les plans du canal Mouturier qui sont maintenant exposés dans les locaux de la Communauté des communes. 

La fameuse démolition en 1971

samedi 8 février 2014

Mai 68 : Ouvrière chez Clerget, Christine avait 16 ans!

Les ouvrières dans l'usine Clerget
Mon travail à l’école n’étant pas formidable, je me suis retrouvée ouvrière chez Clerget. À peine un mois après, grève générale : la vie s’arrête! 

Plus de transport, plus de courrier, plus d’info, plus d’essence et une atmosphère particulière à l’usine : elle était occupée par les hommes jour et nuit. Il fallait empêcher les travailleurs de prendre leur poste. Les femmes les soutenaient et venaient leur faire café et omelette. Nous, les jeunes, nous prêtions main forte.

Tout cela avait quelque chose d’irréel, j’avais l’impression qu’il était facile de changer le monde, tout était à portée de main. Je ne me rendais pas compte de la gravité de la chose, et du souci que pouvaient avoir mes parents : mon père était empêché d’aller à l’Unité Hermétique et pour nourrir mes deux sœurs cadettes, il fallait aller à la soupe populaire.

« Les anciennes me maternaient !»

À la maison, mes parents me protégeaient et m’empêchaient de participer aux manifestations dans la rue. À l’usine, les anciennes me maternaient pour me permettre de faire face à ces évènements d’une ampleur inhabituelle dans le monde du travail.

À l’époque, j’avais conscience que la France entière était mobilisée et cela me donnait une énergie particulière, cela me fascinait et me faisait peur : c’était hallucinant, un peu comme une guerre civile. Je trouvais les piquets de grève parfaitement normaux, tout le monde devait être solidaire pour que les choses bougent : nous voulions transformer et voir les inégalités se niveler.

Si des commerces se sont arrêtés, par solidarité avec les ouvriers, d’autres commerçants nous reprochaient notre grève, nuisible à leur activité. Avec des copines, nous sommes allées nous venger chez une confectionneuse en lui faisant sortir tous ses vêtements et partir sans rien acheter. Il faut bien que jeunesse se passe!...

La fin de la grève a été aussi brutale que le début, et tout le monde s’est remis au travail, ouvriers, commerçants et étudiants.

Depuis, lorsque je rencontre mes copines de l’époque, "Mai 68" est toujours un sujet qui revient sur le tapis. Je pense que l’on parlera encore longtemps de cette période et qu’elle rentrera dans l’histoire comme tous les grands évènements...

vendredi 7 février 2014

1940 : La Drôle de guerre à la Tour du Pin


Début juin 1940, on commence les restrictions par le sucre dont on délivre 750 grammes contre le coupon n° 7. Par la suite les rations journalières oscilleront entre 100 et 350 grammes par jour pour le pain ; de 180 grammes par semaine pour la viande ; de 500 grammes de sucre par mois. 

Le 11 juin, il y a des échanges de coups de poing aux usines Walrawes de Saint-Clair (aujourd’hui Dickson) qui emploient des Italiens plus ou moins naturalisés. Beaucoup rejoignent l’Italie fasciste et la gendarmerie emmènent les transalpins suspects dans un camp près de Vienne. Dans la rue, il y a une cohue indescriptible : sénégalais, soldats de toutes armes, spahis, piétons, scouts, femmes échevelées et gosses effarés.

Le 18 juin, des formations sanitaires du XI corps arrivent à la Tour du Pin. Le parc est formé sur le Champ de Mars avec du matériel en bon état et parfaitement entretenu. Tenue correcte des hommes, mais la sentinelle baïonnette au canon a laissé un large pan de chemise passer sous son ceinturon subi les quolibets des enfants. Une partie du corps sanitaire fait retraite et se retrouvent à Gray qui a été prise par 4 motocyclistes allemands qui y sont restés seuls 24 heures. Le reste du corps resté à la Tour du Pin sans ordre va droit devant lui sans savoir ou aller. Grenoble ou Chambéry ? Ils supposent candidement que l’armé des Alpes va faire front contre les Allemands quand ils arriveront.

À la sortie de la Tour du Pin, sur la route de la Chapelle (en face de la fontaine), ainsi qu’à la Combe (devant Lidle actuel) de pauvres barricades de tonneaux pleins de pierres, tombereaux chargés pour fermer la chicane et arbres coupés. À la Chapelle devant la vieille forge, vingt mètres avant la route de Rochetoirin, une aussi piteuse barricade faite de poteaux en ciment avec des maigres troncs plantés obliquement en terre. De quoi arrêter des motocyclistes, mais il faudrait des hommes derrière et il n’y en a pas!

Puis à Lyon déclarée «ville ouverte», les 19 et 20 juin, les tirailleurs sénégalais du 25e RTS disposés autour de la ville reçoivent l’ordre de «résister sans esprit de recul» face aux troupes nazis bien supérieures en nombre et en armement qui déferlaient du nord par la Nationale 6 et de l’ouest par la Nationale 7.

Char américain, place Antonin Dubost

jeudi 6 février 2014

1920 : On a fermé l’église !


1920 : les turripinois ont célébré les fêtes du 11 novembre sans gaîté, l’église est fermée jusqu’à nouvel ordre. Pour le service des malades, des sacrements et des funérailles, les fidèles doivent s’adresser aux curés des environs. C’est l’excommunication promise à ceux qui voudraient passer outre cette interdiction!

Un "comité de défense catholique" est créé pour exercer les droit des catholiques et l’exercice du culte. Les sœurs garde-malades et les sœurs de l’hôpital menacent de partir mais annulent leur départ dans un souci de conciliation...

Le nouveau presbytère construit en 1902
L’archiprêtre à la tête couronné de cheveux blancs vit depuis longtemps dans un presbytère construit en 1902 sur des plans acceptés et modifiés par lui. Agrandie au dernier moment, la ville donne un bout de terrain pour le jardin. Le tout a été financé par un emprunt contracté par la ville au Crédit Foncier et donné gratuitement pour l’usage des curés de la Tour. Mais en 1905, la loi de séparation de l’église et de l’État impose une location de la cure, et un bail est établi. Estimé à 500 francs, le loyer est réduit à 200 francs pour l’usage de Gros, l’archiprêtre de l’époque. En 1919, après le décès de l’archiprêtre, l’abbé Villon demande des réparations et la ville décide alors de porter le loyer à 1000 francs estimant que cela représente la valeur locative réelle pour ce bâtiment de 15 pièces. S’ensuit un marchandage entre l’évêque, Mgr Caillot qui propose d’abord 260 francs puis 500 francs et la ville qui accepte 800 francs.

S’ensuit une mini révolution locale ou des tracts sont distribués, les affiches défendant les positions des deux partis couvrent les murs et des pétitions circulent pour être portées à Antonin Dubost, le maire de l’époque. Un groupe fidèle a proposé de se cotiser et de payer les 300 francs de différence, mais le curé Villon refuse, préférant aller jusqu’au bout du conflit.

Cette question du presbytère de la Tour du Pin est symptomatique du mauvais climat qui règne entre les autorités municipales et l’église. Il s’ensuit toute une bataille politique qui nuit au maire Antonin Dubost déjà bien connu pour son anticléricalisme. Mais comme après toutes les tempêtes, le calme a fini par revenir dans la "bonne ville de la Tour du Pin..."


mardi 4 février 2014

1860 : Le télégraphe s’installe à la Tour du Pin


À la demande du Sous-préfet, le conseil municipal de la Tour du Pin se prononce favorablement à l’installation d’un télégraphe dans la ville en tant que chef lieu d’arrondissement. La condition essentielle est que la ville dispose d’une télégraphie privée!

Un local est mis à la disposition de l’État. Il est «composé du nombre de pièces nécessaires» pour le service du télégraphe. Y compris un logement pour l’employé. Le conseillé municipal Thévenet a proposé de réduire la mise à disposition du logement pour seulement cinq années.

Il est convenu que la ville assurera les travaux de l’agence télégraphique située au 1er étage des halles et ceux du logement juste au-dessus au 2ème étage. C’est à cette condition que l’État dote la ville d’un bureau télégraphique dont le service pour la télégraphie privée sera limité de 9h à 12 h et de 14h à 19h.


Le télégraphe des halles fonctionnera de 1860 à 1880. Il déménage ensuite rue de la poste à l’emplacement de l’ancienne maison de la presse, à coté de l’agence du Dauphiné Libéré. Les halles seront successivement occupée par la justice de paix puis le Conseil des Prud’hommes et enfin par l'office du tourisme.


Sous le Second Empire, le télégraphe était un instrument essentiellement administratif, les bureaux ouverts au public étaient rares. Le but était simplement de relier les préfectures au Ministère de l’Intérieur.

Le télégraphe électrique a débuté avec la guerre de Crimée et a peu a peu détrôné l’antique télégraphe de Chappe avec ses signaux optiques. Dès cette époque, certaines machines étaient capables d’envoyer 50 à 60 dépêches à l’heure transmises en Morse. En 1864, le réseau français était considéré comme le meilleur au monde. Le personnel était de haut niveau à tel point qu’en 1878 a été créé l’École supérieure de télégraphie. C’est juste le début de l’arrivée du téléphone…

D’après délibération municipale du 16 septembre 1860.

lundi 3 février 2014

1833 : Les turripinois soutiennent les Canuts


À la Tour du Pin comme à Lyon, la situation de l’industrie est déplorable. Bon nombre de fabricants profitent des difficultés des temps et spéculent sur les ouvriers qui n’arrivent pas à se nourrir malgré 18 heures de travail par jour. 

La première révolte sanglante des canuts lyonnais tourne à l’avantage des ouvriers. Ils en retiennent que seule la réforme radicale des lois et un changement de forme gouvernementale est la solution à tous leurs maux.

L’association pour la défense du territoire trouve partout un écho, notamment dans l’arrondissement de la Tour du Pin soutenue par plusieurs maires. Sans succès, le Sous-préfet Pagès leur ordonne de se rétracter. M. Berger, maire de Montcarra, et M. Armanet, maire de Sainte Blandine, sont destitués, les autres réprimandés. La presse départementale se déchaîne et le Sous-préfet offensé par un article du maire de Montcarra le provoque en duel. Les témoins arrangent l’affaire et la rencontre n’a pas lieu! Lorsque Picot-Labeaume, maire de la Tour du Pin, provoque à son tour le Sous-préfet, celui-ci décline mettant en avant sa qualité de fonctionnaire public dont il venait de se souvenir juste à temps!


Des jeunes gens sont dénoncés pour avoir chanté des couplets injurieux au Roi. Des sections de la Ligue des Droits de l’Homme sont organisées et armées dans le canton de la Tour du Pin. La propagande républicaine est active et tout est en place pour une nouvelle insurrection qui éclate à Lyon en avril 1833. Les turripinois sont prêts, des groupes stationnent sur la grande place parlant à voix basse ou défendant les arguments avec force et chaleur. Les nouvelles de Lyon sont exagérées ou contradictoires, les communications avec Lyon sont coupées et le service des voitures et des courriers interrompus.

Ne recevant aucun ordre et ne sachant pas qui remporterait la victoire, le Sous-préfet s’enferme dans son cabinet et attend. Les turripinois affichent leur sympathie pour les canuts lyonnais, le tocsin sonne à Roche et Toirin. Le 10 avril 1833, le commandant du bataillon des gardes nationaux de Dolomieu enlève secrètement de la Sous-Préfecture de la poudre et des balles et se dirige vers Lyon. Mais l’insurrection touche à sa fin et cette fois la Monarchie l’emporte rouvrant l’ère des persécutions pour les Républicains...


1814 : Des hussards hongrois à la Tour du Pin !


Le 2 février 1814, 19 hussards poussent une reconnaissance jusqu’à la Tour du Pin où ils entrent par pelotons de 4 à la fois. Arrivés sur la grande place, ils s’y rangent en ordre de bataille et demandent des rafraîchissements...

M. Chevalier aîné, à qui s’adresse cette demande, leur montre la fontaine pour toute réponse. Mais un paysan sort de l’auberge Fuzier, qui à l’époque occupait l’emplacement des halles actuelles, présente à l’officier qui commandait le détachement, une bouteille pleine d’eau de vie. Au moment ou ce dernier se penche pour la recevoir, un homme traverse la foule, s’en empare brusquement, et la brise sur le pavé. C’est le chef Cecillon en charge d’un poste de la Garde nationale, embusquée dans les jardins d’une maison voisine.

Ce trait de hardiesse intimide les Hongrois, d’autant plus que la foule de turripinois grossit toujours plus menaçante. Craignant pour leur sûreté, ils tournent bride et reprennent le chemin des Abrets.


Stéphanie de Virieu (1785-1873) témoigne : «il faut se mettre à l’abri des atrocités des barbares du Nord. Des bruits courent et contribuent à créer une atmosphère de panique. Ces barbares sont déjà à Chambéry sous la forme d’élégants cavaliers autrichiens… On loge des hussards hongrois turbulents. Belle troupe à uniformes vert pomme et argent. Les officiers ont de bonnes pelisses bien amples et doublées de fourrure. Leurs chevaux sont en très bon état, mais pas souvent bien étrillés. Ils les montent admirablement… Après eux on voit quelques cosaques… puis des Allemands… honnêtes gens… excellente discipline. Il n’y a plus d’inquiétude dans la population.»

Mais fin février, les Autrichiens et leurs alliés sont complètement défaits au Gaz et chassés au-delà du Guiers par le Baron Raverat, singulier héros de Crémieu, qui maniait le sabre à merveille à la tête du 4ème bataillon des gardes nationaux de l’Isère.


samedi 1 février 2014

1805 : Mais où sont les fastes de l’Empire ?


Avril 1805, dans une note impérative, le maire de la Tour engage la population à «tapisser devant chez soye.» Parce que le couple impérial passe dans notre bonne ville de la Tour du Pin! La ville se tapisse alors d’«arcs de triomphe, de trophées, de couronnes et aigles tenant la foudre en leurs serres.» Les fleurs et cœurs enflammés sont à profusion. 


Durant tout l’Empire, la vie municipale monotone et passive peut se résumer à deux mots : silence et obéissance. Les réunions du Conseil sont rares et brèves. Les délibérations sont d’un laconisme qui contraste avec l’abondance révolutionnaire des années précédentes. On sent qu’un maître interdit les vaines discussions. Le maire et ses conseillers sont soigneusement sélectionnés, en 1806 c’est Lhoste, Picot La Beaume, Ollivier, Perrichon et Chapuis. Ils sont occupés à des choses purement administratives : le rétablissement de l’octroi qui taxe les marchandises qui rentrent et sortent de la ville ainsi qu’une multitude d’impôts nouveaux. Les sonneries de cloches, l’acquisition d’un cimetière nouveau, des fêtes courtisanesques pour le baptême du roi de Rome, la poursuite des conscrits réfractaires, retardataires et déserteurs, et enfin la distribution de terres qui seront ensemencées en betteraves.

L’administration municipale dépend étroitement du sous-préfet qui «permet au Conseil de s’assembler pour délibérer sur ce sujet : le choix d’un garde -hampêtre qui serait aussi commissaire de police.» Mais enfin, le 15 juillet 1813 le Conseil demande que  le gouvernement laisse à la Commune plus de latitude dans la disposition de ses revenus, afin qu’elle puisse rembourser ses dettes et faire des réparations urgentes, acheter une pompe à incendie.»

La même année le canton de la Tour du Pin fournit 8 cavaliers équipés et habillés avec leur cheval pour un coût de 895 francs. Il fallait redonner du faste à l’Empire après cette désastreuse retraite de Russie...


Prise d’armes place Antonin Dubost : la ville résonne sous les salves d’honneur lors du bivouac Napoléonien du Château de Châbons en septembre 2002.

vendredi 31 janvier 2014

1792 : Les bourgeois hésitent entre «Burbival» et «Val du Pin»


Tous les membres du Directoire du district et du Conseil Municipal de la Tour du Pin en 1792, unis au reste de la bourgeoisie, formaient l’élite de la Société des "sans-culottes" locale. Mais il ne faut surtout pas en conclure que leur républicanisme si ardent était le résultat de leur conviction. Montagnards (autrement dit républicains) dans leur conduite parce que le vent tournait de ce côté, ils auraient été royalistes si cela avait été « bien vu ».

Pour "effacer" le passé de la Tour du Pin qui retraçait à leurs yeux le souvenir des tyrans et des traîtres, la Société populaire de la Tour du Pin propose le nom de «Burbival» : le bourg dans le vallon. Comme quoi le nom de la Communauté des Communes, «Les Vallons de la Tour», tire bien son origine de l’histoire locale. L’argument est que pour les citoyens turripinois "instruits", ce nom place bien «la position locale de leur canton.» Mais ce nom est finalement refusé par la municipalité parce «qu’il n’emporte pas avec lui la signification claire et prompte que l’on attend de lui. Un nom n’en est plus un dès lors qu’il ne retrace pas lui-même à tous les esprits l’idée des choses qu’il veut peindre.» Un autre nom moins savant est proposé par la municipalité à la Convention nationale, celui de «Val du Pin», mais lui non plus n’a pas eu le succès populaire attendu.

Dans la région, on s’est creusé la tête pour éradiquer le "Saint" des noms des villes. Ainsi Saint-Chef devient "Franevallon", Saint-Savin devient "Valombreuse", Saint-Marcel devient "Les Thermopytes", Saint-Jean-de-Bournay devient "Toile à Voiles", Saint-Claire devient "Montclair", Saint-Didier devient "Didier", etc.


Cette gravure populaire intitulée «Le pressoir» illustre la confiscation des biens du clergé. Le 2 novembre 1789, les biens du clergé sont nationalisé, les prêtres doivent prêter serment à la république. Dès 1792, on éradique tout ce qui rappel la religion, notamment les noms des villes comportant "Saint."

jeudi 30 janvier 2014

1788 : Demain c’est la Révolution !


Grande émotion en août 1788 quand on annonce la réunion des États Généraux! Ce mot magique n’a pas été prononcé depuis 1614. 

La noblesse doit nommer directement ses députés. Le clergé inférieur nomme des délégués qui réunis aux membres du haut clergé choisi ses représentants. Quant au peuple, il nomme des délégués qui choisissent parmi eux les députés qui représenteront le tiers état.

Comme dans toutes les petites villes de province, La Tour du Pin est administré par deux consuls qui sont élus chaque année. Ce sont les sieurs Oliviers et Lhoste qui étaient alors consuls depuis quelques années. Toutes les affaires importantes de la commune se traitaient en assemblée communale. 

En cette fin d’ancien régime, la Tour du Pin est le chef-lieu du mandement qui comprend onze autres lieux ou paroisses : Saint-Clair, Saint-Jean-de-Soudain, Roche-et-Toirin, La Chapelle, Montceaux, Montcarra, Mornas et Vaux, Saint-didier, Sainte-Blandine, Montagnieu et Cessieu. 


Le 24 août 1788, l’assemblée communale de la Tour du Pin choisit Laurent-Vincent Lhoste, bourgeois et consul de la ville pour aller à Vienne et à Romans concourir à la députation. Finalement, c’est Picot La Beaume avocat qui est le député et qui représentera les turripinois aux Etats Généraux.

Un malaise règne chez les habitants et les nobles qui possèdent la terre. La communauté de la Tour du Pin engage un long procès contre Madame de Vallin à laquelle on reproche, outre son caractère altier et despotique, la «rigueur qu’elle apportait à prélever les impôts» (son château est aujourd’hui la Maison de la Nation). À Sainte-Blandine et Montagnieu, c’est une querelle conte Madame de Saint-Chamond-Murinais pour le droit d’avénage (redevance en avoine).

En dépit de ces malaises et procès, impossible de se douter des terribles secousses qui vont ébranler le sol de la France! Les idées qui prévalent alors sont plus sociales que politiques. Et pourtant, les vingt années qui suivront seront balayées par un flot de sang...

mercredi 29 janvier 2014

1780 : Le reinage à la Tour du Pin


1780, troisième dimanche après Pâques à l’issue des Vêpres, une curieuse cérémonie se déroule l'église paroissiale de la Tour du Pin : c’est la mise en vente aux enchères des titres de Roi, Reine, Dauphin, Dauphine, Connétable, Connétablesse !

Assis dans des fauteuils, le dos tourné au maître-autel, les dignitaires de l’année précédente font face au public. Chacun fixe pour son titre, une mise à prix initiale. Du haut de sa chaire, le curé stimule l’assistance en fait valoir les besoins de l’église ainsi que la valeur spirituelle d’une offrande faite à la Vierge. 

A chaque enchère, un desservant joue le rôle de notaire et inscrit le nom de l’enchérisseur ainsi que la somme offerte. Un enfant de cœur porteur d’un cierge, vient se placer devant le détenteur momentané du titre pour le désigner à la foule. Tel le commissaire-priseur, les enchères terminées, le curé adjuge le titre. Devant l’église bondée avec une partie de l’assistance debout, on recommence six fois de suite, suivant le même rite traditionnel.


Louis XI serait à l’origine de la coutume du Reinage.

A l’époque ces cérémonies se déroulent également dans d’autres paroisses du canton. Leur origine viendrait du Dauphin futur Louis XI qui en 1447 assailli par un ours au cours d’une partie de chasse dans le Vercors, invoque la vierge à qui il promet d’instituer en sa faveur une fondation pieuse. Pour tenir parole sans qu’il ne coûte rien au trésor royal, quoi de mieux qu’une vente aux enchères ! 

Au 15ème siècle, il y a une recrudescence du sentiment religieux qui se traduit par le développement des mystères et des cérémonies burlesques. Sur le parvis et à l’intérieur même des églises, le profane se mêle au sacré. L’institution des reinages semble avoir connu son apogée au 17ème siècle pour s’éteindre avec la Révolution.

A Saint-Laurent-en-Royans ce vieil usage continue, jusqu'après-guerre. Ainsi, en 1914, on peut devenir roi ou reine pour 10 francs! Les enchères montent progressivement. En 1939, il faut compter 150 francs et 4000 francs en 1948...

D’après l’émission du 7 mai 1948 sur Radio-Grenoble du professeur Blet.

mardi 28 janvier 2014

1758 : Drapeau du régiment de la Tour du Pin


Le Régiment de la Tour du Pin est le plus ancien régiment d’infanterie n’appartenant pas au roi de France, mais à un gentilhomme dont il porte le nom !

Levé le 9 octobre 1595 par Jean de Montluc, marquis de Balgagny, ses officiers figurent parmi les plus grands noms de la noblesse. En octobre 1746, il devient la propriété du marquis de la Charce jusqu’en février 1761, époque à laquelle notre colonel accède au grade de maréchal de camp. En décembre 1762, après la profonde réforme du duc de Choiseul, secrétaire d’Etat à la guerre, notre régiment devient la propriété du roi et prend le nom de la province de Béarn, tout en gardant les même drapeaux.

En 1758, fort de quatre bataillons, le régiment de la Tour du Pin totalise 2740 hommes, avec huit drapeaux, dont un entièrement en soie blanche porté dans les rangs de la compagnie colonelle et sept d’ordonnance en soie jaune, blanche et violette. Notons que cette dernière couleur a été placée en signe de deuil, en 1610, après l’assassinat du roi Henri IV.

Les campagnes du régiment de La Tour du Pin :
- Mai 1745 : sous le nom de Crillon, notre régiment se bat à Fontenoy. 
- Juillet 1747 : il se bat à Lawfeld et participe au siège de Maëstrich en avril 1748. 
- Juin 1758 : il perd plus du quart de effectif sous les murs de Créfeld. 
- Juillet 1760 : il se bat à Corbach puis au mois d’octobre suivant, il est à Clostercamp où retentit le célèbre appel “À moi Auvergne, voici l’ennemi” et où le marquis de la Tour du Pin est grièvement blessé ce qui lui vaut le grade de maréchal de camp (général).

Sous l’ancien régime, il n’y a pas d’armée royale proprement dite, mais des entrepreneurs de régiments qui louent leur services au roi de France. Les régiments d’infanterie français de l’armée royale avaient traditionnellement des uniformes gris et blanc.


lundi 27 janvier 2014

Juillet 1714 : graves inondations aux Recollets !


Juillet 1714, La Tour du Pin subit de graves inondations, l’actuelle place Antonin Dubost est sous les eaux. L’assemblée des trois ordres est convoquée d’urgence pour analyser la situation et publie le rapport suivant qui nous donne une excellente idée de la topographie de la ville à l’époque. 

"Entre la muraille du couvent des pères Récollets et le fossé appelé "Terreaux vieux" (1), l’eau a avancé dans la grande prairie et dans le fossé qui y a été ouvert jusqu’au milieu, il suffit d'y planter quelques pieux dans les endroits où la rivière s’est trop approchée. Elle n’aurait besoin d’aucun d’éperon (maçonnerie destinée à ralentir le rapidité du courrant) et serait absolument hors de danger. Aussi bien ces terres ne sauraient souffrir présentement aucun dommage du débordement de la dite rivière pourvu que l’on pousse jusqu’à l’entrée des marais (2) le susdit fossé nouvellement ouvert. Et le canal qui passe dans le clos des pères Récollets (3),  réservé par la donation de Monsieur De Boissac, en 1648, il suffit de cinq pieds de largeur et de profondeur nécessaire pour que l’eau puisse avoir son cours ordinaire pour arroser les prés.

Les dites assemblées sont d’avis que le canal doit être entretenu conformément aux termes de la donation, sans l’élargir, ni l’approfondir, au risque d’exposer à une inondation et de grands dommages le clos et le couvent, la moitié du faubourg de l’hôpital, et de ruiner entièrement le grand chemin dans lequel se déverse toute l’eau dudit canal au lieu de passer dans les fossés de la Tour du Pin. Il est très important de conserver le "Grand Chemin" (la route nationale) et les prairies qui le bordent parce que c’est le grand chemin de la Tour du Pin à la Côte Saint-André, et que c’est le seul par où l’on envoie le bétail de la Tour du Pin au marais pendant que la prairie est fermée. Il y a quelques années le clos et le bas du couvent en furent inondés et les gens obligés de faire l’ouverture de leurs murailles pour faire écouler l’eau et garantir d’un plus grand dommage… Une requête est adressée à l’Intendant de faire faire la réparation de La rivière des Moulins (4), la construction de deux ponts, l’un à la croix de la prairie sur le Grand Chemin de l’Italie (5) et l’autre vers le marais sur le Grand Chemin de Morestel et de Saint Genix (6) pour que les ponts et chemins soient libres et praticables."

Le rapport a été adapté et simplifié pour les lecteurs.

(1) Qui venait de l’actuelle rue de la république.
(2) Il s’agit de Prailles, derrière le magazin Leader Price.
(3) Aujourd’hui place du 8 mai 1945.
(4) Le canal Mouturier.
(5) Aujourd’hui la rue d’Italie
(6) Aujourd’hui le boulevard Gambetta.

dimanche 26 janvier 2014

1516 : Visite de François 1er à la Tour du Pin


François Ier quitte Lyon le 28 mai 1516, à 5 heures de l’après-midi avec toute sa suite et accompagné de la Reine Mère, Louise de Savoie, âgée de 59 ans, et de son épouse, la Reine Claude. 

En cette année 1516, François 1er revient d’Italie, auréolé de la gloire qu’il a acquise sur les champs de bataille : Marignan, Marengo, prise de Milan… Il décide fin mai d’accomplir un pèlerinage à pied à la Chapelle des Ducs de Savoie à Chambéry, où est exposé le Saint Suaire (aujourd’hui à Turin).


La cour presque entière l'accompagne. On peut citer le Chevalier Antoine Duprat, le général des finances, Robier, le trésorier de France, Florimont Roberlet, le Grand Maître Gouffier, seigneur de Boisy. Se trouvaient aussi Frédéric de Gonzaque, le futur Duc de Mantoue, le nonce du Pape, Louis de Canossas, et les Ambassadeurs. 

Sigesmont Trotti, ambassadeur de France nous le décrit : « Le Roi portait un pourpoint de velours noir, tout à larges manches, doublé de toile lamé d’argent, monté de soie tannée. Par endroits sortait la chemise terminée par un haut collet à l’allemande, des paires de chausses : l’une était noire, l’autre rayée de bandes blanches. Sur la tête un petit bonnet de drap blanc couvert de plumes. Le panache était mi partie noir, mi partie blanche.»

Dans le cortège, il faut signaler le valet de chambre du Roi de Navarre, Barthélemy Laffemes qui deviendra l’égal de Sully dans la Restauration de la France sous Henri IV. C’est un Dauphinois né à Beausemblant en 1545. 

De toutes parts, on accourait pour voir le Roi et les reines rendant le voeu à pied. Les cloches lançaient leur carillon au devant du monarque. On jonchait leur chemin de fleurs, de rameaux verts, on illuminait les maisons dès les premières étoiles car le temps était splendide. 

C’est ainsi qu’il fit étape à La Tour-du-Pin avec toute sa suite, le 7 juin 1516 venant de la Verpillière. Du 7 au 9 juin 1516, François Ier loge à la Maison des Dauphins.


C’est là que la Reine Claude observa les premiers signes certains de sa maternité. Nous lisons en effet dans le journal de Louise de Savoie, sa mère, née au château de Pont d’Ain : « le 7e jour de juin 1516, ma fille Claude à La Tour-du-Pin en Dauphiné, commence à sentir en son ventre le premier mouvement de sa fille Charlotte".

François Ier repart le 9 juin de La Tour-du-Pin pour atteindre le Pont-de-Beauvoisin le même jour.

Les péripéties de son pèlerinage...

"En pleine traversée de la chaîne de l'Épine, le Roi et ses principaux de sa cour, fûrent pris sous un orage violent. Dans ces lieux sauvages, la seule protection qu'ils trouvèrent, fût cet abri sous roche, qu'ils investirent pour la nuit..." Ces grottes sont situées à proximité du Lac d’Aiguebelette.

Une autre grotte a gardé le témoignage du passage du Roi. Nommée "François Ier", elle est située sur la commune de La Balme-les-Grottes, en Isère, Bas-Dauphiné, au coeur des falaises du plateau de l'Isle Crémieu (en savoir plus sur les grottes de la Balme). Lors d’un séjour à cet endroit en 1882, le peintre Théodore Lévigne (1848-1912) propose de peindre François Ier à cheval, pour payer ses dettes à l’auberge du village!


samedi 25 janvier 2014

1482 : Charles 1er s’installe au château

Portrait de Charles Ier

12 décembre 1482 : Charles Ier de Savoie, dit le Guerrier, fils d’Amédée IX, duc de Savoie, prince de Piémont, comte d’Aoste et de Maurienne s’installe au Château de La Tour du Pin. Un épisode qui serait passé inaperçu sans un étonnant témoignage...

Charles Ier commence son règne sous la tutelle de son oncle Philippe Sans Terre, comte de Bresse dont il parvient à s’émanciper avec difficulté. Louis XI vient de mourir, le parti savoyard ramène Charles Ier en Dauphiné pour un séjour forcé qui débute par Morestel. Cette histoire, totalement méconnue de l’Histoire officielle, a été reconstituée d’après les carnets du cuisinier, du panetier-bouteiller et du fourrier du duc conservé aux archives de Turin.

Le Château de La Tour du Pin tel qu'il figure sur le Triptyque.

Le château est alors ouvert à tout vent, il faut le remettre en état d’urgence pour recevoir dignement le duc. On installe des châssis de bois aux fenêtres, on y emploie « dix mains » de papiers, un pot de colle et un pot d’huile pour éclaircir le papier. Trois hommes sont embauchés pour nettoyer les locaux, il faut faire venir cinq charretées de pailles pour mettre dans les lits, sept douzaines de clous pour les châssis et les châlits. Un serrurier met des serrures et fait des clefs pour la cuisine et les fours. Cinq journées de menuisier pour faire des bancs, des marchepieds, des tables, des armoires, des coffres, des autels pour chanter la messe, des escabeaux et un « tournavent » (double porte) dans la salle à manger. Il faut aussi aménager la bouteillerie et « armer le retrait » (nom donné alors aux toilettes). Il y a tant de détails à surveiller qu’on oublie dans la chambre du duc d’installer deux pots de terre pour ses «affaires», autrement dit ses besoins !

Venant de Morestel, le duc s’installe au château de La Tour du Pin où il arrive pour le repas du soir le 12 décembre 1482. On ne sait pas trop le but de sa visite, peut-être fuir la peste que l’on signale dans la région ? 

Noël approche et le duc envoie chercher à Chambéry les ornements sacerdotaux et les joyaux de la Sainte-Chapelle. Pour le nouvel an, un héraut du marquis de Montferrat vient présenter les vœux de son maître au jeune duc et probablement fixer les conditions du mariage projeté avec sa fille Blanche Paléologue qui deviendra Duchesse de Savoie le 11 avril 1485. Pour la rédaction du contrat, le héraut reste à la Tour du Pin chez Maret Cutinel, qui tient l’hôtellerie de l’Ecu de France. Tout le monde quitte La Tour du Pin le 28 janvier 1482...


vendredi 24 janvier 2014

1447 : Le roi Louis anoblit deux familles turripinoises !

Charles XII présidant un lit de justice

En 1447, Charles VII, lassé des intrigues de son fils, exile Louis dans le Dauphiné qui est en fait l’apanage de l’héritier du trône de France depuis le transfert de la province par Humbert II de La Tour du Pin.

Cavalier infatigable, féru de chasse, le futur Louis XI visita maintes fois notre région. Il logea, au moins à deux reprises connues en notre mandement, chez Henri Borin (ou Baurin), pour une visite officielle en 1447 et 1448. Issu d’une lignée de notaires et commissaire des reconnaissances delphinales dans la châtellenie de la Tour du Pin, celui-ci se voit confier en échange un privilège de noblesse!

Scène de chasse

Cette visite ne s’est pas effectuée à "La Maison des Dauphins" qui n’est pas encore construite. La famille Borin n’obtint qu’ultérieurement du roi le fief engagiste de Tournin. Ce château était alors propriété du noble Pierre de Virieu, cité alors comme châtelain de la Tour du Pin, fils de Pierre de Virieu, propriétaire également de Cuirieu. Borin en était-il locataire ?

De même, comme bien des bourgeois enrichis par leurs fonctions, la famille Boissat (ou Boissac) obtient les mêmes privilèges du Prince qui a des besoins d’argent. Ainsi on voit naître une branche anoblie dans leur famille à la même époque. D’ailleurs en 1470, Louis XI déclarera nobles tous les possesseurs de fiefs, moyennant finances bien entendu!

Louis XI anoblissant

La chasse est interdite dans le mandement de la Tour du Pin. En 1449, Louis tint les Etats du Dauphiné à Bourgoin pendant un mois et demi. Les délégués demandaient, entre autres, le droit pour tous de chasser les loups, ours, renards qui causaient de grands dommages. Louis accorda une dérogation pour "les bêtes fauves", mais non les autres bêtes. Il permettait que chacun puisse avoir et tenir une arbalète et en jouer sans en être inquiété, mais que ce soit licitement. Il reprit ce droit en 1452 et dit en réponse à une remontrance des 3 États réunis à Romans : "La chasse est un privilège des nobles auquel il n’entend apporter aucune restriction - du reste elle fournirait au peuple plus de dommage que de profit."

Portrait de Louis XI

Notre Dauphin Louis, devenu le roi Louis XI renouvelle l’interdiction de chasser sur tout le domaine royal, principalement dans le mandement de la Tour du Pin. Etait-ce pour préserver son propre intérêt de chasseur et ménager ceux qui lui offraient les meilleurs chiens à qui, dit-on, il offrait des titres de noblesse en échange ? Il semblait à tous plus attaché à sa meute qu’aux hommes et alla jusqu’à leur consacrer une clause dans son testament! La réglementation de la chasse avait un autre prétexte, c’est que cette activité empêchait les laboureurs et manants de se consacrer aux tâches serviles.

La chronique rapporte qu’un jour où Louis chassait seul l’ours dans les bois de Vallin, il faillit être blessé par la bête si un manant ne lui avait porté secours. Ne connaissant pas le prince, il lui offrit gîte et couvert : c’était du gibier de braconnage. Le roi de France voulut éviter le gibet à son sauveur... et pour cela, il n’y avait qu’une solution : l’anoblir pour lui donner le droit de chasse!


Un valet pratique l’éviscération d’un sanglier. Un autre assainit les tripes dans un feu autour duquel se regroupent quelques chasseurs. Deux valets préparent un mélange de sang et de pain pour confectionner la soupe de tripes destinée à la meute.

jeudi 23 janvier 2014

1349 : Humbert II de la Tour du Pin ruiné, il vend le Dauphiné


Humbert II mène grand train et vit dans l’opulence. Mais vient le moment où ses besoins d’argent sont de plus en plus pressants, il doit de l’argent à tout le monde, même au pape d’Avignon ! 

La province n’est pas riche et les Dauphinois ne payent pas facilement l’impôt. Humbert II essaye bien de poursuivre Juifs, Lombards et Toscans qu’il accuse d’usure et mets à l’amende. Le pape l’excommunie pour dettes et lève sa sentence en échange du Vissan (nord du département du Vaucluse). Sans héritier, moyennant que le roi Philippe VI le sorte de gros embarras financiers vis-à-vis du pape, il est contraint d'accepter la vente du Dauphiné à la France. Il impose toutefois que le Dauphiné devienne l’apanage de l’héritier de la couronne de France, c’est-à-dire le fief du fils aîné du roi, qui désormais portera le titre de Dauphin de France.

Abdication d'Humbert II en 1349, par A. Debelle (1847)

Le 29 mars 1349, il signe le traité de Romans avec la France. Puis le 16 juillet, il aliène ses droits viagers en faveur de Charles, aîné des petits-fils de Philippe VI, qui fut donc le premier à porter le titre de "Dauphin" avant de devenir roi, sous le nom de Charles V. C'est la fin de la 3e dynastie de la Tour du Pin...
Les grandes armes du Dauphin de France

Dans son testament politique, Humbert II garantit aux Dauphinois le maintien de leurs privilèges : il les exempte de toute "taille" et impôts extraordinaires, il abolit les droits de péage et de gabelle avec interdiction d’en créer d’autres. Les habitants du Dauphiné défendront ces privilèges avec acharnement et chaque Dauphin devra jurer, à son avènement de les maintenir inviolables !

Le "Statuta Delphinatus"

Imprimé à Grenoble vers 1508, le "Statuta Delphinatus" est une collection d'ordonnances relatives au Dauphiné et à sa position vis à vis du royaume de France. On y trouve les libertés et franchises accordées aux dauphinois, ainsi que les conditions de l'intégration du Dauphiné à la France en 1349.

À cette époque, le bourg de la Tour du Pin présente un aspect militaire en verrouillant les deux vallées. Le château (place du cimetière actuelle) comporte 12 tours et il fait face à la Savoie en perpétuel conflit avec le Dauphiné. Considérée comme ville frontalière, elle comporte une garnison qui est entretenu par le « cens » impôt payé par 47 turripinois. La bonne organisation militaire est un des faits marquants de la fin du principat d’Humbert II. Cela est d’autant plus étonnant qu’il n’avait pas l’ardeur guerrière...


Qui était Humbert II de la Tour du Pin ? (voir ici l'article)