lundi 23 novembre 2015

Nostalgie de la "belle époque"


Le film "La Tour dans le temps" projeté lors de l'exposition "Maisons d'hier, maisons d'aujourd'hui", a donné lieu à de nombreuses recherches. A cette occasion, nous avons fait appel aux souvenirs des turripinois de souche qui parlent facilement de leur jeunesse... Non sans une pointe de nostalgie.

Une ville pleine de vie

Le centre ville de la Tour n’était qu’une succession de commerces. On dénombrait 50 cafés en 1910 et plus de 215 commerce c’est dire que notre cité était bien vivante ! Devant le lycée Elie Cartan (actuellement rue Aristide Briand), il y avait 3 boulangeries côte à côte et encore une autre juste après le pont de Prailles de la Bourbre. Une vingtaine d’épiciers vendait de tout : denrées alimentaires, certes, mais aussi vêtements, galoches à semelles de bois, clous et même du carburant pour les automobiles.


Lorsque l’on ne commerçait pas, on travaillait à l’usine. L’industrie du tissu et de la passementerie étaient les principaux établissements. L’usine Anselme (immeuble du Hussard et chemin du Repos), la passementerie Mathian (face à la gendarmerie) et Uzel (à l’emplacement de Camarly, Schwarzenbach (boulevard Gambetta), ainsi que Dixon et la corderie.

Lorsque que l’on passait rue d’Italie, on entendait «taper» les métiers à tisser. Beaucoup de commerçants exerçaient une activité artisanale. Il y avait les tourneurs sur bois qui préparaient les navettes et les bobines pour le tissage, les ferronniers qui faisaient les indispensables outils, les affûteurs pour les outils de coupe en usine et les outils agricoles. Les peigniers fabriquaient les peignes pour métiers à tisser qui servaient à guider chaque fil de soie. Les gareurs qui préparaient les métiers en fonction de la nature de la soierie ou de son motif : lorsque l’entreprise devenait importante, il était souvent incorporé au personnel.

Il était difficile de rendre visite à une famille, sans trouver la femme en train de fabriquer des pompons pour les besoins de la passementerie.


Au marché, place des Halles, il y avait peu de légumes, juste les «choses» venues d’ailleurs telles qu’oranges, bananes ou ananas etc. Les légumes courants étaient cultivés dans les jardins et échangés entre consommateurs. Des jardiniers avec leur petite charrette sillonnaient les rues pour négocier leur récolte. Au petit matin, une dizaine de laitiers passait dans toutes les rues pour remplir la "cantine "(bidon pour réceptionner le lait) qui était préparée sur les pas de la porte.

Les nouvelles locales que la mairie voulait porter à la connaissance des habitants étaient diffusées par un crieur public qui agitait sa cloche avant d’énoncer de sa grosse voix ce que les habitants devaient savoir. Le fontainier était surnommé "Jésus Christ" en raison de son énorme clef en forme de croix. Il manipulait les vannes des fontaines placées aux angles des rues. C’était des bornes surmontées d’une manivelle qu’il fallait tourner pour faire sortir l’eau.

Le soir, un employé municipal, l’allumeur de becs de gaz sillonnait la Tour du Pin avec son vélo et son échelle, et allait d’un réverbère à l’autre. Beaucoup de transporteurs avec leur charrette et leur cheval assuraient l’évacuation des produits du tissage et la distribution du charbon arrivé par la gare.

Des photos-souvenirs.


Cette photo nous permet de constater qu’à l’époque les voitures n'étaient pas légion... A droite sur le pas de sa porte : Alphonse Gros qui tenait un magasin de mercerie, coutellerie, librairie. Il était aussi photographe amateur de talent et éditait des cartes postales, aujourd’hui très recherchées par les collectionneurs. Son fils Emile reprendra ce magasin et beaucoup de turripinois se souviennent avec émotion d’y avoir choisi au premier étage les santons pour la crèche ainsi que des décorations des sapins de noël.


La pharmacie Pivot se trouvait rue d’Italie et la droguerie Pivot, rue du Four banal. Un membre de notre équipe a bien connu, étant enfant, l’employé de cette droguerie.

François Varrel et les siens devant l’épicerie familiale située rue d’Italie à l’emplacement actuel de la place Humbert ll.


La lecture d’une photo ancienne nous fait voyager dans le temps. Sur cet exceptionnel document, on peut reconnaître de gauche à droite : François Varrel et son épouse Alphonsine, puis leur fille Marie-Françoise qui deviendra madame Caillet et qui s’est faite centenaire. Beaucoup d’anciens turripinois ont connu son époux qui tiendra un cabinet d’assurance "la Préservatrice" à la place de l’épicerie.
Au centre figure leur fils Marius, mort pour la France en 1914 à l’âge de 22 ans, une amie, leur bonne Joséphine Marion qu’ils considéraient comme faisant partie de la famille. Et enfin, leur neveu Louis Guttin futur pépiniériste bien connu des turripinois.

Travail et temps pour vivre !


Un turripinois nous avait déjà confié en 2008 un peu de ses souvenirs. «De cette époque, il ne reste plus que quatre commerces encore exploités par les descendants : les vins Gonin (rue d’Italie), le garage Brochier (rue des Bruyères), la carrosserie Chevrolat (avenue Alsace lorraine) et les chaussures Bozola (rue de la république). Tous les autres commerçants sont des néo-turripinois.» Et, quand il évoque cette époque, il se souvient avec nostalgie de la vie sociale animée qui existait, tout le monde se connaissait. Après 19 heures, les rues étaient encore vivantes la plupart des 215 commerçants et 3000 habitants sortaient devant leur porte avec une chaise pour discuter entre eux ou avec les passants. Les femmes se réunissaient pour tricoter ensemble ; pendant la guerre c’était pour envoyer aux soldats. Ils prenaient le temps de vivre. Il y avait alors un contact humain. Il rajoute : «à cette époque, il n’y avait ni télévision ni voiture. Mon plus grand regret est l’indifférence actuelle des gens : ils s’ignorent. La société a changé complètement d’aspect. Les individus sont devenus étrangers à tout et se désintéressent de la vie sociale.»

Un souvenir a marqué sa tendre enfance. «En passant en bas de la rue de la République devant le Casino actuel, deux religieuses en cornette marchaient côte à côte. Un camarade qui m’accompagnait a cru intelligent de passer près d’elles en faisant "croa-croa." Hé ! Bien l’instituteur laïc témoin de la scène, lui a administré deux "calottes" et il s’est souvenu toute sa vie de la leçon de respect.» A la Tour du Pin, tout le monde se connaissait, et sur 3000 habitants, seuls moins de 10 n’était pas du pays. La place Carnot servait de terrain d’accueil pour les "bohémiens."


La Tour en quelques chiffres...

En 1910, sur les 3000 habitants il y avait : 
- 4 médecins : Docteur Denier route de St Victor; Docteur Fontanel et Docteur Gros rue d’Italie et Docteur Sage, boulevard de Bourbre;
- 3 pharmacies : Batailh rue de la République, Guillot rue centrale et Pivot rue d’Italie;
- 8 assureurs, 3 armuriers, 4 banques, 7 bouchers, 10 boulangers, 3 patissiers, 50 cafetiers, 4 chapeliers, 5 charcutiers, 5 coiffeurs, 12 cordonniers, 22 épiciers, 5 hôtels, 8 marchands de chausseurs, 5 marchands de vin, 15 marchands de faïence et porcelaine, 12 merceries, 3 pharmaciens, 3 photographes, 8 restaurants, 8 tailleurs, 4 entrepôts de bière, 11 tulistes, 50 cafés...
- Pas d’avocat mais 1 juge de paix, 2 huissiers : Delcourt place de la sous-préfecture et Tinland rue centrale, 2 notaires Surdon rue d’Italie et Jallut avenue de la Gare (actuelle sous-préfecture).
- Sur la Tour du Pin même, il y avait peu de paysans, mais beaucoup dans les communes limitrophes. Egalement beaucoup de viticulteurs, les collines alentour étaient couvertes de vignes, et il y avait 2 tonneliers : Blanc rue d’Italie et Arnoud route de Lyon.
- Comme métiers aujourd’hui disparus, il y avait 4 maréchaux-ferrants : Brice, Andrieux, Argoud, Lavigne ; et 12 cordonniers ainsi que 3 galochiers.

Pour aller à Lyon par le train, on mettait à peu près le même temps qu’aujourd’hui, mais il fallait fermer les vitres pour éviter les escarbilles...

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